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IDRISS FALL, VOIE DE L’AFRIQUE « En Afrique, on fait de l’information comme on vend des chaussures »

IDRISS FALL, VOIE DE L’AFRIQUE « En Afrique, on fait de l’information comme on vend des chaussures »

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C’est dans une ambiance  détendue que le rédacteur en chef du service Afrique francophone de la Voix de l’Amérique, située sur Indépendance Avenue à Washington DC nous a reçu dans l’après-midi du lundi 22 mai 2017.Entouré d’une vingtaine de journalistes, animateurs et techniciens présents dans la salle de rédaction, Idriss Fall, très à l’aise et sans langue de bois, nous a donné sa vision sur l’exercice du métier de journaliste sur le continent africain, avec à la clé, les dérapages qui caractérisent de nos jours la profession. Il a ainsi fait des propositions pour pallier à la situation.

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution des médias en Afrique d’une manière générale ?

 

Idriss Fall : Euh ! Je vais souvent en Afrique. J’ai fait presque tous les pays africains. Et que l’état de la presse en Afrique fait parfois peur. D’abord les moyens ne sont pas là. Je me rappelle quand j’ai visité le journal de Souleymane Diallo  » le Lynx  » où j’ai joué à la pétanque. Quand je suis arrivé là-bas, je pense qu’ils avaient des lampes à pétrole pour faire le travail la nuit. Les ordinateurs n’existaient pas à l’époque.

Je sais que les journalistes guinéens, sénégalais, ivoiriens, les journalistes maliens, les journalistes congolais et de Brazzaville ou de Kinshasa, les salaires sont extrêmement bas. Voilà pourquoi de plus en plus on fait du… je n’appelle pas ça du journalisme alimentaire. Je vais être dur avec mes confrères. On fait de la prostitution journalistique. En ce sens qu’on écrit un article favorable à un homme politique, on vous donne de l’argent. Ça ce n’est pas du journalisme.

Selon vous, qu’est-ce qu’il faut pour changer la donne ?

Il faudrait que les patrons de presse mettent les journalistes dans les conditions, vraiment idéales pour travailler. Je commence par les Etats. Parce que les plus gros employeurs des journalistes ce sont les Etats. Ce sont ceux qu’on appelle les Radios et Télévisions Nationales qui appartiennent à des Etats. En dehors de la Côte d’Ivoire et encore… les journalistes africains des Radios et Télévisions Nationales ne sont pas bien payés du tout. C’est des salaires de misère. C’est ce qui fait qu’on n’arrive pas à faire des informations vérifiées. On fait des informations comme des chaussures qu’on vend.

Vous voulez dire que ce phénomène fait suite aux mauvaises conditions de travail des journalistes ?

C’est exactement ça. Les journalistes ne sont pas bien payés et il faut qu’ils vivent. Et ensuite, on est dans une profession où on côtoie les puissants du continent, les ministres et les présidents.« Nous vivons des publicités et si nous n’en avons pas, on peut rien faire » voilà l’argument de certains patrons de presse.

Êtes-vous d’accord ?

C’est absolument faux ! C’est absolument faux ! Parce qu’il n’ya pas un pays en Afrique où la publicité fait vivre son journal. Ils le savent très bien. Les pays africains là: La Guinée, le Sénégal, le Mali, vous pensez que ces pays sont comme les Etats-Unis où le Washington post, rien que le Washington post a un budget deux fois plus grand que l’Etat du Sénégal, du Mali et de la Guinée réunis. Et vous voyez, vous êtes ici, vous voyez les encarts publicitaires de Washington post.

Est-ce que cela n’est pas lié aussi au niveau de développement de nos pays ?

Non ! non ! non ! Parce que moi je pense que les Etats accordent des aides à la presse. Ils donnent de l’argent pour appuyer les médias. Cet argent ne va jamais dans les rédactions. Ça finit dans beaucoup de poches de quelques magnats de la presse, sans compter les petits cadeaux, quand le président voyage, ils se mettent dans l’avion avec lui. Non ! Ça ne doit pas marcher comme ça. Si vous voulez que notre continent, où il ya des guerres, ya des misères où les jeunes prennent les bateaux vont mourir…là-baslà, dans l’océan…la méditerranée. Parce qu’ils sont désespérés.

Si vous voulez que ça change et que les jeunes africains puissent rester chez eux et travailler, il faudrait que nous aussi journalistes soyons responsables. Faire des informations vérifiées. Et qui sont capables d’aller faire des enquêtes pour prouver des cas de corruptions déclarées en Afrique.

Il y’en a beaucoup sur le continent africain, malheureusement. Et l’argent qui devait servir à développer les pays: Construire des écoles, creuser des puits, ou encore amener les filles à l’école. Les gens les détournent pour venir acheter des maisons aux Etats-Unis, pour acheter les voitures les plus chères. Et donc, nous journalistes, parfois, pour avoir notre part de ce gâteau-là. Qu’est-ce qu’on fait…?Donc, je pense que les journalistes ont une grande responsabilité dans la situation actuelle du continent. C’est mon point de vue, sans donner de leçon à personne. C’est mon point de vue. Je fais ce métier depuis 40 ans, 40 ans. A la Voix de l’Amérique depuis 25 ans, donc je sais de quoi je parle.

Lorsqu’on vous donne l’occasion de vous adresser aux journalistes africains, comme c’est le cas maintenant, en termes de la professionnalisation du métier de journaliste, qu’allez-vous leur dire ?

Il ya de très bons journalistes professionnels en Afrique. On a d’excellentes écoles de journalisme, on a d’excellents journaux. On a de très très belles plumes. C’est les moyens qui manquent. Tu sors de l’école de journalisme de CESTI à Dakar, tu viens dans une salle de rédaction, on te propose 60.000 FCFA. Ces 60.000 FCFA, vous pensez qu’un Homme, en Afrique, marié ou avec ses parents, peut vivre avec 60.000 FCFA ? Pour arrondir la fin du mois, ce journaliste va faire tout ce qu’on lui demande.

C’est pourquoi, c’est devenu une tradition en Afrique, tu interviews un chef d’Etat, il pense qu’après l’entretien il doit donner une enveloppe. Tu rencontres également un ministre pour une interview, il pense qu’il doit te donner de l’argent. C’est dans les pratiques…

 

Thierno Oumar Diawara

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