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LE COUSINAGE À PLAISANTERIE : UNE ARME CONTRE L’ETHNOCENTRISME

Tout d’abord, rappelons l’origine historique du cousinage à plaisanterie, appelé encore « parenté à plaisanterie » ou « Sanakhouya ». A ce titre, je reprends ici, in extensio, un texte de Dr Alhassane CHERIF, tiré de son livre ‘’parenté à plaisanterie (Sanakouya)’’, l’Harmattan, 2014, PP 21-24 :

 

Pour moi, Soundjata KEITA, contrairement à ce qu’avancent la plupart des chercheurs, n’a pas inventé le principe de la parenté à plaisanterie, mais il en a établi l’institution et organisé des différents liens en vue de l’élaboration amicale et pacifique entre peuples. Ainsi, il deviendra le fervent promoteur des fondements de la paix, et ceci, après ses entreprises guerrières contre Soumaoro KANTE. De nouvelles conditions de coexistence pacifique durable furent édifiées.

 

Par exemple, les Kamara de Sibi deviennent des alliés des Keita, les Tounkara deviennent les parents à plaisanterie des Keita. De même, les Cissé deviennent les parents à plaisanterie des griots Kouyaté.

 

Mais avant tout, je tenais à vous narrer le récit de ma rencontre avec Djély Mory Kouyaté au sujet de la genèse du Sanakouya (parent à plaisanterie) dans le Manden, il me dira ceci :

 

« Ici au Manden, certains disent que le Sanakouya est arrivé au moment de Makhan DJATA le beau. Mais en réalité tout commença avec Damantan Woulemba (le grand rouge) et Damantan, Wouleni (le petit rouge). A leur arrivée dans le Manden, ils se présentèrent au roi (Makhan Djata le beau) car ils avaient l’intention de s’y installer. Ils y furent reçus après s’être acquittés du sacrifice/offrande nécessaire avant toute hospitalité.

 

Les deux frères étrangers au Manden, une fois accueillis, rencontrèrent Dokamissa, une vieille sorcière femme-buffle capable de se métamorphoser et de transformer les autres grâce à son pouvoir. On leur donna une concession et leur demanda de choisir des épouses. Ils choisirent la meme fiancée, Dokamissa CONDE et essayèrent, chacun de son coté, de la courtiser. Mais après maintes hésitations, Damanatn Wouleni avoua à Damantan Woulemba » :

 

« Grand frère, je t’ai trahi la nuit dernière ». Le Grand frère appréciera l’aveu de son petit frère et le laissera épouser la jeune fille. Mais celui-ci la rétrocédera au grand frère selon l’ordre de la hiérarchie. Mais aussitôt après le mariage, les dents du grand frère tomberont et un furoncle lui poussera sur la pointe des pieds.

 

Djely Mory poursuivra :

 

« La plus ancienne parenté à plaisanterie commencera ainsi : »

 

« Solon Woulemba (le grand frère) était couché une nuit chez Wouleni (le petit frère). Ils étaient tous deux couchés sur une natte (débè). Solon s’élança sur la jeune fille. Il essaya de mettre la main sur elle, mais la main alla s’enfoncer dans l’huile blanche. Le mari sortit de la case en criant :

 

« Hé ! Hé ! Hé ! J’avais une femme près de moi, une personne humaine. Comment s’est-elle métamorphosée en huile blanche ? »

 

Mais quand Solon retourna dans la case, il trouva la jeune fille redevenue humaine. Elle était là, assise sur la même natte. Elle se mit à se moquer de lui.

 

« Hi ! Hi ! Hi ! Toi un homme, as-tu vraiment peur d’une femme ? J’ai été sacrifiée par mes parents, ils m’ont offerte à toi et tu prends peur, je n’ai encore jamais vu un homme avoir peur d’une femme, en tout cas pas à Kolokani. »

 

Ainsi, donc, est née une nouvelle alliance d’abord matrimoniale, ensuite à plaisanterie entre les CONDE (jeune fille) et les TRAORE (Solon Woulemba). Cela s’appelle Sanakouya ou parenté à plaisanterie.

 

Un conte mystique rendra à son tour compte de cette origine qui fonda le lien de parenté à plaisanterie.

 

Il s’agit de deux ancêtres ennemis qui devinrent amis à la fin de leur périple migratoire. En l’occurrence l’ancêtre des Peul et l’ancêtre des Djakhanké. L’un s’appelait Samba le Peul et l’autre Samba le Djakhanké.

 

Les deux homonymes d’ethnie différente décidèrent d’aller faire fortune ailleurs que dans le village d’où ils étaient tous les deux originaires.

 

En plein parcours, les deux hommes conviennent d’observer un repos et d’échanger leurs produits afin de faire un meilleur profit.

 

L’un devait donner un sac de riz contre un sac de cauris (monnaie de l’époque). L’ancêtre Peul croyait gagné en étant plus rusé que son confrère, lorsqu’il s’aperçut que le sac qu’il avait reçu était également plein de sable, tout comme celui qu’il avait rétrocédé à l’ancêtre Djakhanké.

 

In fine, l’un et l’autre se rendirent compte de la duperie mutuelle. Alors une violente dispute éclata entre les deux voyageurs.

 

« Mais comment un niais de Djakhanké peut-il prétendre tromper un Peul plus rusé ? » s’écria l’un.

 

« Mais comment un Peul plus idiot peut-il prétendre se jouer d’un Djakhanké plus malin ? » réagit l’autre.

 

Chacun, restant sans réponse, pouffa de rire. Ils s’en retournèrent au village, main dans la main.

 

Telle serait donc l’origine du Sanakouya relaté par Dr Alhassane CHERIF dans son livre ‘’parenté à plaisanterie (Sanakouya)’’.

 

Comme nous le savons tous, la bataille de Kirina avait, sans doute engendré de profondes frustrations car, la force, la puissance et la gloire venait de changer de camps.

 

Les respectables griots du manding en savent mille fois mieux que moi.

 

Pour décrisper la situation, les vainqueurs, sous la houlette du légendaire Soundiata Keita, ont institué « le cousinage à plaisanterie » ou « Sanakouya ».

 

Ainsi, l’article 7 de la charte de Kurukan Fuga (1236) stipule : « Il est institué entre les Mandenkas, le Sanankuya (cousinage à plaisanterie) et le Tanamanyoya (forme de totémisme). En conséquence, aucun différend né entre ces groupes ne doit dégénérer, le respect de l’autre étant la règle. Entre beaux-frères et belles-sœurs, entre grands parents et petits fils, la tolérance et le chahut doivent être le principe. »

 

Cela porta des fruits succulents auxquels tous les habitants du mandingue goutèrent sans aucune distinction de catégories socioprofessionnelles.

 

Tout le monde, je le dit bien tout le monde pouvait se chahuter sans que cela ne se solde par une effusion de sang.

 

Dans de nombreuses contrées, cette valeur subsiste encore pour le bien de tous.

 

En 2013, fait été embauché, dans un contrat à durée déterminée, par un cabinet d’étude international qui me conduit à Kérouané pendant cinq mois. Je n’oublierais jamais ce séjour plein d’apprentissage, surtout sur l’histoire de l’Almamy Samory TOURE.

 

L’un des faits qui attira beaucoup mon attention et que j’avais même noté dans mon bloc-notes ; c’est la manière dont les populations locale accueillaient le jeune peulh, Amadou DIALLO, qui faisait partie de notre équipe et qui, probablement, se sentait en terre étrangère au départ.

 

A l’occasion de chaque présentation de la délégation, tout le monde (vieux, jeunes, femmes) se dirigent vers lui en le tirant de gauche à droite, lui qualifiant d’ « esclave d’Alpha Yaya » en toute enthousiasme et gaieté. On lui faisait des cadeaux, lui souhaitait la bienvenue et lui rassurait d’une parfaite sécurité.

 

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, j’ai constaté une parfaite harmonie entre Peulhs et Malinké et Konianké dans cette région. J’ai même vu des peulhs chefs de secteur, présidents de la jeunesse et imam dans des villages fondés et habités majoritairement par les Malinkés sans aucun soulèvement antagoniste.

 

N’allons pas loin ; prenons l’exemple des Peulhs et des Diankankés. J’ignore franchement le pacte qui lie les deux communautés ; je vous en serai reconnaissant si vous me le faisiez savoir.

 

Tout ce que je sais, c’est qu’on apprend rarement ou pas du tout de confrontations entre Peulhs et des Diankankés. Et pour cause ? Partout ou Peulhs et des Diankankés se croisent, si l’atmosphère était électrique, très tendue, elle se transformerait en une ambiance bon enfant. Même si vous avez mal à la dent, vous allez vous efforcerez de sourire.

 

Cette philosophie de bonne cohabitation entre Peulhs et des Diankankés se transmet de génération en génération depuis fort longtemps.

 

Pourquoi pas vous et moi ? N’ayons pas honte de copier les bonnes manières chez les autres pour notre propre intérêt.

 

Le célèbre écrivain guinéen, Néné Moussa Maleya CAMARA, nous en parle d’ailleurs dans son bestseller ‘’La Guinée est une’’ (3e édition, 2003 : 111-112) :

 

De nos jours le Sanakouya

 

N’est plus strictement limitatif

 

En Haute Guinée, la plaisanterie

 

Du Sanakouya existe entre :

 

-Les Camara, Kourouma, Konaté, Sylla, Diakité etc…

 

-Entre Traoré, Condé et Dioubaté

 

-Entre Keita, Kouyaté, Touré, Kaba

 

-Entre tous Foulas et tous forgerons

 

En Basse Guinée le Sanankouya se joue entre :

 

-Camara, Condé, Conté, Sylla, Bah,

 

Youla, Yansané, Fofana

 

Entre Soumah, Bangoura, Keita, Kourouma, Cissé

 

En Moyenne Guinée entre Bâ, Baldet et Diallo ;

 

Entre Barry, Sangaré et Sow

 

A l’échelle du pays entier,

 

Les peullhs sont sanankou

 

Aux Diakanké, Malinké et Soussou.

 

Ce ne sont là que quelques exemples

 

Qui sont de loin differents

 

D’une liste exhaustive.

 

Le Sanankouya existe partout en Guinée

 

Mais à des degrés divers.

 

Personnellement, ce que je conseillerais, pour l’intérêt supérieur de la nation guinéenne, reconstruisons le camp Boiro et ligotons tous les Bah et Sylla pour les y jeter. Je vous Assure, le pays-là avancera car les Sylla et bah sont à la base de nos malheurs. Je ne sais d’où sortent ces maudites personnes, colporteuses   de malheurs.

 

Extrait de mon livre (non publié)

Aboubacar Mandela CAMARA

Sociologue/Enseignant-Chercheur /Consultant

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