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Planification Familiale au Sénégal : un exemple pour la sous-région

Planification Familiale au Sénégal : un exemple pour la sous-région

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Le projet Women’s Edition qui était depuis les années 90 réservé aux journalistes anglophones vient de tenir sa première session francophone à Dakar. Sur plus de 120  candidatures reçues par l’équipe de sélection des participantes à l’atelier, seule  12 ont été retenues. Organiser par l’ONG américaine  Population Reference  Bureau (PRB), le projet Women’s Edition a pour  objectif de réunir des femmes journalistes de haut niveau–rédacteurs en chef, chefs de desks, journalistes et productrices– pour des séminaires d’une semaine consacrés à des sujets liés à la santé de la reproduction et aux questions de population et de développement.

Les participantes à l’atelier de Dakar sont venues de 7pays de l’Afrique Francophone dont la Guinée, le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo, le Burkina Faso et le Sénégal. Ces journalistes spécialisées dans le traitement des sujets de santé sexuelle et reproductive ont échangé avec des religieux, sages-femmes,  marraine de quartier et un représentant du ministère  de la santé  du Sénégal sur le rôle important des leaders religieux dans la promotion de la santé de la reproduction,  du bien-être des femmes et des familles.  Durant cinq jours de travail, le modèle sénégalais sur l’implication des religieux, des sages-femmes et du gouvernement dans la démarche pour un meilleur accès des femmes aux soins de santé reproductive était à l’ordre du jour.  Comment le Sénégal a – t – il réussit à travailler avec le religieux  sur la planification familiale (PF) ? Que font les sages-femmes ? C’est quoi une marraine de quartier ? Et quel est la part du gouvernement dans ce combat ? Des questions auxquelles les facilitateurs à cette formation ont apporté des réponses.

 

Les religieux, partenaires clés dans la promotion de la PF au Sénégal

                                                                         

Si dans certains pays les  religieux  s’opposent encore à la PF, au Sénégal c’est tout le contraire. La grande majorité des familles religieuses a décidé de participer à  la sensibilisation pour la promotion de la PF.  Pour y arriver,  un réseau inter religieux, dénommé cadre des religieux pour la santé et le développement (CRSD) a été créé.  Leaders chrétiens et musulmans ont décidé de contribuer à lever les réticences au tour de ce sujet sensible dans la communauté des croyants du pays. Leurs messages de sensibilisation sont  entièrement basés sur les saintes écritures (le Coran et La bible).  Ces religieux ont ainsi facilité la compréhension de la population.  Au sein de la communauté musulmane, un argumentaire islamique sur l’espacement des naissances a été rédigé par l’imam El hadj Moustapha Gueye et l’Imam Mouhamadou Takhiyou Kane. Dans cet ouvrage nous retrouvons des passages du coran qui parle de planification Familiale.

 

« Gloire à dieu le plus véridique de tous, qui dit dans son saint coran : que les parents allaitent leurs bébés pour une période de deux ans, pour ceux qui veulent un allaitement complet » afin de permettre à la femme de se reposer »  Nous cite Imans Mouhamadou Takhiyou Kane à titre d’exemple tout en précisant que la planification ne signifie pas limitation des naissances mais un espacement des grossesses. Du côté de l’église luthérienne, le pasteur  Adama  Faye précise que dans la bible le facteur santé est la base du bonheur.  Il affirme être d’accord avec toutes les méthodes contraceptives sauf celles   qui provoquent l’avortement.  En plus de participer à la sensibilisation, les religieux du Sénégal travaillent main dans la main avec les sages-femmes en leur expliquant le point de vue de la religion pour qu’elles puissent utiliser l’argumentaire en cas de réticences.

 

Rokhaya Thiam est sage femmes d’Etat en charge du programme des femmes du CRSD et leader religieuse musulmane. Pour elle, la méthode CRSD fonctionne car il y a de plus en plus de femmes qui viennent dans sa zone.  « Il  y a même des hommes qui accompagnent leurs femmes pour solliciter une méthode contraceptive » a – t – elle témoigné.  En plus des religieux et de l’argumentaire mis en place, les sages-femmes travaillent beaucoup avec les Badiène Gokh.

 

Qui sont les Badiène Gokh ou marraine de quartier ?

Les Badiènes Gokh sont des femmes adultes, qui ont eu une certaine expérience de la vie et qui ont pour mission d’aller bénévolement  de porte  à porte pour  échanger avec des femmes mariées en vue de leur expliquer l’importance de la PF. Ndèye Fatou Diouf est   marraine de quartier. Cela fait plus de quarante Ans qu’elle soutient et accompagne des femmes.

 

« Je veille au respect de la CPN, nous échangeons sur l’importance de la PF en précisant que ce c’est pour leur santé. Souvent je veille sur elle de la grossesse à l’accouchement et même après. Nous leur conseillons de ne pas accoucher à la maison». Cette badiène gokh ne s’occupe pas que des couples, il lui arrive également de conseiller des jeunes qui se retrouvent souvent dans des situations de grossesse indésirée …

Quelle est la part du gouvernement ?

De son côté le gouvernement sénégalais a mis la santé de la mère et de l’enfant au premier plan. Il est en partenariat avec le CRSD.  « Le Sénégal est un pays à 96% musulman, nous travaillons avec les religieux à rapprocher l’argumentaire des religieux avec ce que fait le ministère qui d’ailleurs n’est pas le seul document dont nous disposons. Il y a également le guide d’orientation des religieux sur le carnet de santé qui est même traduit en wolof» explique Massamba Sall de la direction de la santé de la mère et de l’enfant au ministère de la santé du  ministère de la santé. Plus loin il reconnait que malgré les avancées, il y a encore des résistances au niveau de certains religieux et une faible implication des OSC féminines. En perspective, l’Etat compte mieux impliquer les religieux en amont au moment de la conception des programmes, impliquer les OSC féminines et faire des recherches sur les postes de résistance.

 

Cette édition francophone du Women’s Édition a également connu la présence du Dr. Latif Dramani Démographe qui a échangé avec les participantes sur le thème : le dividende démographique : quelle place pour les jeunes ? Lors de son intervention, il a expliqué le rapport entre le dividende démographique et la planification familiale.

 

« Le rapport c’est la condition nécessaire du dividende démographique, il faut qu’il ait transition démographique  et pour cela, il faut déjà qu’il ait un changement dans la structure de la population. Cela suppose que la richesse que vous produisez dans le pays augmente plus vite que la façon dont vous procréez. » .

 

Au sortir de cet atelier Victoria Ebin consultante à PRB espère recevoir des productions des membres du Women’s Édition francophone afin de mieux informer les décideurs, la population, les hommes et les femmes politiques.

Hadiatou Yaya Sall, journaliste indépendante

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